Les illusions perdues

Devant un tel désordre, l'inquiétude commence à poindre. On va chercher Vincent qui dort dans le lit du tuilier. Il fera poster des sentinelles aux quatre coins de la Brande, mais en pure perte. Rien n'y fait. Alors, Sommerat, songeur, promène son regard sur cette troupe indisciplinée. Le jeune Pailheret s'approche de lui pour lui demander comment va pouvoir être assuré le ravitaillement. Brusquement Sommerat enfourche son cheval et galope vers Neuvéglise, chez son frère Roch. Ce dernier l'accueille froidement et tente de lui faire comprendre qu'il a commis une erreur mais fait tout de même conduire par son domestique une pièce de vin à La Brande, glissant en plus sur le chariot quelques tourtes de pain.
Pendant que Sommerat et son frère s'entretiennent, arrivent Hyacinthe Yves et André Royère, receveur municipal à Montluçon. Ils apportent des nouvelles de Paris : l'insurrection déclenchée par Ledru-Rollin vient d'être réprimée. On avait vu également que Massicard s'en était allé trouver Delaunay, maire d'Huriel. Ce dernier, après le départ du maire de Viplaix qui va s'arrêter à La Brande se rend à son tour à Neuvéglise qu'il atteindra pratiquement en même temps que Sambon, porteur lui des dernières informations de la capitale : une dizaine de représentants du peuple viennent d'être arrêtés et parmi eux, le député Sébastien Fargin-Fayolle, autre frère de Sommerat.


Avis d'un blanc : Thantot Pierre Joseph,
69 ans, maire de La Chapelaude :
« Nous étions dans l'inquiétude sur le résultat des événements qui devaient se passer à la suite de cette levée d'armes. Vers midi ou une heure, le 15, 4 ou 5 individus revinrent, armés de leurs fusils. On leur demanda ce qui avait eu lieu ; ils répondirent que Mr de Launay avait abordé le rassemblement, avit interpellé Mr Sommerai et lui avait dit entr'autres choses :
« Mon ami, que fais-tu ? Comment as-tu pu te
décider à ameuter tout le canton. Tout est tranquille à Montluçon, à Huriel et même à Paris. »

Sommerat s'est décidé alors à aller aux renseignements à Huriel, revint ensuite à ses hommes et leur dit :
« Je suis trompé, je vous demande deux heures pour aller à Montluçon et si les choses sont
comme on me les a annoncées, je reviendrai et nous sonnerons de nouveau le tocsin. »

Celui-ci, dès que mis au courant, part en compagnie de Delaunay pour la Brande afin d'informer les insurgés de la mauvaise tournure que prennent les choses, les invitant alors à rentrer chez eux.
Et la troupe se disperse aux cris de «Vive la République».
Vincent et Sommerat gagnent rapidement La Chapelaude. Changeant bien vite d'habits. Sommerat part aux nouvelles à Montluçon. A son arrivée au Café de la Poste, Hyacinthe Yves lui fait la leçon et le blâme sévèrement. Sommerat comprend son erreur et commence à prendre peur car il sait que, déjà, la police a entrepris des recherches.

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