DEVANT LA COUR DE RIOM

Les prisonniers, avant d'être conduits à Riom, furent enfermés à la prison du Vieux-Château à Montluçon. Le premier convoi part le 5 juillet 1849 avec dix-huit accusés répartis en deux voitures. Aucun incident ou manifestation ne marqua le parcours. A Saint-Pardoux, le changement de chevaux demande une demi-heure. On fait restaurer les prisonniers au relais, dans une salle à part. Le lieutenant de police, en effet, a reçu ordre de les traiter avec égard car ce ne sont que des accusés politiques. Un autre transfert de six prisonniers s'opère le 17 juillet et le dernier a lieu dans le début de novembre.
Par arrêté du 18 août 1849, la chambre des mises en accusation et celle des appels de correctionnels, réunies, renvoient les 43 accusés devant les assises de l'Allier qui tiennent séance à Moulins. Mais le Procureur Général, craignant l'indulgence politique des jurés bourbonnais, renvoie le procès devant les assises du Puy-de-Dôme par arrêt du 13 septembre 1849.
L'affaire débute le 17 novembre à Riom, les audiences se poursuivant chaque jour, même le dimanche, jusqu'à la fin du mois. Elles sont présidées par le conseiller Londe, assisté de ses collègues Verny et Mendosse. Au siège du ministère public, le procureur général de Sèze assisté du substitut Bertrand qui a suivi l'instruction à Montluçon. Le greffier Jean-Baptiste Benoit tient la plume.
Vincent est défendu par un avocat de Pans, Me Rivière, qui s'illustra à la Haute-Cour de Versailles. Les autres ont deux avocats de Montluçon, Martres Chantemille et Mazeron et cinq avocats du barreau de Riom : Martres Nony, Bernet, Grellet, Damiral et Goutay.
Les jeunes Pailheret et Prévost vont susciter un intérêt particulier par leur franchise et leur intelligence.
Cent soixante-sept témoins sont entendus, entre autres, le maire de Montluçon qui devait faire une déposition fort remarquée.
Le procureur général de Sèze prend la parole le 25 novembre à deux heures de l'après-midi. Il s'emploie à établir les liens entre l'insurrection de Paris et le mouvement de La Brande-des-Mottes en tentant d'argumenter sur la haine des gens de la campagne et leur désir de pillage ? Pour appuyer ses dires, il n'allait pas manquer de faire une allusion aux trente gaillards qui étaient passés par le Rio Pigot et La Vallas en semant la panique.
Mais le soir, la défense passe à son tour à l'action. La présence de Me Rivière a attiré bon nombre de curieux. Brillamment, l'avocat parisien brosse un tableau très réaliste de la situation de la France, évoquant la lutte des Républicains contre les abus royalistes. Il présente le mouvement de la Brande-des-Mottes comme une protestation des ruraux contre la violation de la Constitution expliquant que les habitants de nos régions voient leurs libertés foulées au pied par ' les combinaisons de Bonaparte.
Les plaidoiries des autres avocats furent également très remarquées.
C'est en définitive à plus de deux cents questions que le jury est appelé à répondre, la délibération va se poursuivre durant de longues heures.
Lorsque les jurés reprennent leurs places sur les bancs, la Cour entre. D'une voix marquée par l'émotion, le chef du jury donne lecture de la délibération. A toutes les questions la réponse est «non».
On fait alors entrer les accusés, le greffier donne lecture de la déclaration et le président annonce la remise en liberté sans condition de tous les accusés.
Respectueusement le public entend la proclamation de cette sentence ; tout s'est passé dans le calme.
 

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