A l'aube d'une République

Et maintenant nous vous proposons de remonter le temps avec nous. Nous nous arrêterons, dans ce périple, au début de 1848. Le roi bourgeois Louis-Philippe 1er règne sur la France depuis 1830. Voici donc un an que le monarque a installé comme chef du gouvernement François Guizot, ancien ministre de l'Instruction Publique. Mais celui-ci pratique une politique des plus conservatrices qui énerve fort la bourgeoisie parisienne. De plus, les Républicains commencent à se faire entendre. Il faut dire que l'Europe entière bouge depuis que Palmerston, ce libéral anglais, favorise les mouvements révolutionnaires. L'Allemagne, l'Autriche, l'Italie sont bouleversées et la France, bien sûr, n'est pas épargnée. Le 22 février 1848, la fièvre monte à Paris. Les premières barricades se dressent ; on fait appel à la Garde Nationale mais celle-ci, loin d'apporter remède à la situation, vient renforcer l'émeute. Devant ces faits, le roi abdique et se réfugie en Angleterre. La République est proclamée le 25 février 1848.
Un gouvernement provisoire est formé : le général Louis Cavaignac devient chef du pouvoir exécutif tandis que Lamartine, qui est un modéré, prend en main le ministère des Affaires Étrangères.
Ledru-Rollin, républicain avancé est nommé Ministre de l’intérieur. Ce dernier va jouer un rôle important dans notre affaire. Malgré ce nouveau gouvernement, les esprits ne sont pas calmés pour autant. Le 17 mars, de nouvelles manifestations secouent la capitale et le 15 mai, les démocrates parisiens tentent un coup de force qui échoue.
Le 23 juin 1848, Pujol, chef des sections des Ateliers Nationaux déclenche une véritable insurrection, le général Bréa est assassiné. Deux jours plus tard, Monseigneur Affre, archevêque de Paris, intervient auprès des combattants. Il est tué à son tour sur une barricade. Le gouvernement provisoire se sent dépassé ; c'est alors que le général Cavaignac réprime le soulèvement. Ce mouvement révolutionnaire est calmé mais la France retombe dans le conservatisme.
Les élections présidentielles se préparent. Quatre candidats sont en lice :
- Louis-Napoléon Bonaparte, fils de Louis, roi de Hollande qui mène campagne avec ses deux cousins,Napoléon,fils de Jérôme et Pierre, fils de Lucien ; ils s'intitulent républicains et même souvent socialistes, au gré des nécessités.
- Cavaignac, général barbu au grand nez et aux rudes sourcils, qui est un serviteur de la République. Il s'est cependant montré un peu ferme au mois de juin. Ceux qui le touchent de près l'estiment mais la nation ne l'aime pas.
- Lamartine, un nouveau Girondin qui est aussi un poète romantique de la jeune génération. Il a perdu également son prestige après les jour¬nées de juin.
- Ledru-Rollin, avocat de gauche, est un pro¬moteur du suffrage universel.
Dans notre région, les rouges appuient efficacement la candidature de ce dernier et, si la région de Moulins ne prit pas part aux événements de 1848, il n'en fut pas de même pour Montluçon. La petite bourgeoisie est éprise d'idées nouvelles et la masse ouvrière est parfaitement perméable à la politique avancée. Nombre lisent les journaux de gauche et communiquent les nouvelles à ceux qui n'ont pas les moyens de se payer un abonnement ou ne savent pas lire.
Parmi les rouges de Montluçon on compte :
- Michel Sartin, avocat, beau-frère d'Achille-Allier, conseiller municipal de Montluçon en 1837, conseiller d'arrondissement en 1839, sous-commis¬saire à l'arrondissement le 15 mars 1848, conseil¬ler général d'Huriel, la même année, il siégera à la législative, sur les bancs de la Montagne en 1849. C'est un enfant du pays car il est né à Saint-Sauvier le 13 mars 1802.
- Alexandre Léon Thévenard, âgé alors de 36 ans. Il est originaire de Saint-Amand-Montrond où il fait des études de droit et vit à Montluçon, en meublé, un peu désœuvré. Thévenard a souvent recours à la générosité de la domestique de Me Grozieux de la Garenne, notaire, qui lui donne quelques victuailles.
- Sylvain Meunier Dessaigne, ancien étu¬diant en droit également. Ses parents, jouissant d'une assez bonne fortune, habitaient au Landier, sur la commune de Néris-les-Bains. Il perd son père assez jeune, le 22 janvier 1830 et sa mère lui verse une pension de 600 francs par an, lui fournissant de plus le blé et le vin pour l'aider à élever ses six enfants. Elle lui donna un tiers de l'héritage pour payer ses dettes et mit la propriété au nom de ses petits-enfants. Plus tard, Mme Dessaigne mère abandonnera à son fils une petite réserve et Sylvain, faute de mieux, s'en vint avec sa famille habiter au Landier.
- Jean-Baptiste Daux, serrurier et limonadier, toujours prêt à soutenir les projets violents mais incapable d'initiative personnelle.

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